Marie-Cécile, entre sirènes et éducation – Acte 1

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Voici Marie-Cécile, 35 ans. Parisienne élevée en province, grande, belle et sportive, Marie-Cécile est de ces créatures arpentant comme un funambule la crête séparant la plaine calme de l’éducation de bonne famille et la pente abrupte de la bécasse insupportable de capitale.

Nous nous sommes rencontrés sur Bumble. Elle était mon premier date depuis ma rupture avec Virginie, avec qui j’avais enterré moins de deux mois auparavant une relation de quatre ans. Ce soir-là, je montais sur Paris dans le but de passer la nuit avec Liviana, ma geekette au corps parfait. Mon idée était de caser un ou deux verres avec Marie-Cécile avant de la rejoindre, histoire de préparer l’avenir. Cela ne se déroula pas ainsi.

Marie-Cécile me donna rendez-vous dans le XVIIIe arrondissement, son quartier. Un bar à vin sympa. Les beaux jours étaient déjà revenus, je m’installai tranquillement en terrasse pour attendre ses quinze minutes de retard réglementaires. Elle arriva enfin. Elle était grande et belle, habillée à la mode des filles du dix-huitième, un jean taille haute, des sandales et un chemisier ample qui dévoilait son décolleté tout en restant évasif sur ses formes.

Le contact passa instantanément, et commander directement une bouteille de Côtes-du-Rhône nous apparut comme une évidence. Ce soir-là, elle avait envie de s’amuser, et mon sourire l’avait convaincu au premier regard. Le vin était bon, l’air était doux, la compagnie était divine, et je commençai gentiment à monter un mensonge par texto à Liviana ; j’allais arriver plus tard que prévu.

C’est Marie-Cécile qui insista pour prolonger ce moment au restaurant. Elle m’emmena dans une pizzeria nommée Amore… on ne l’invente pas. Nous reprîmes un peu d’alcool et, au beau milieu de sa pizza, après avoir largement pesé le pour et le contre vis-à-vis de Liviana, je l’embrassai. Elle embrassait bien.

C’est encore elle qui me proposa de la raccompagner chez elle. Officiellement, je devais aller dormir chez un ami, elle ne voyait donc aucune raison de ne pas m’héberger. Elle insista lourdement, très lourdement. J’aurais dit oui tout de suite si une autre ne m’attendait pas docilement sous sa couette à quelques kilomètres de là. Dans son entrée, alors qu’elle me chauffait avec ses lèvres, je menai dans ma tête des calculs savants. La conclusion était sans appel : Liviana me pardonnerait cette absence. Marie-Cécile ne pardonnerait sans doute pas que je me refuse à elle. J’envoyai donc un dernier texto mensonger et me laissai mener vers son antre.

Son appartement était sombre, comme tous les vieux appartements de l’ensemble Paul Fouquiau. Il était en revanche admirablement aménagé et décoré, un mélange de vintage, de couleurs pastels, de meubles en bois que seule une fille élevée à la campagne peut apprécier, et un léger bordel caché derrière le lit qu’on pardonne à toute parisienne ayant un tant soi peu de féminité. Je m’y sentis immédiatement bien. Je me sentis également tout de suite bien contre Marie-Cécile, puis en elle. Notre entente sexuelle était manifeste. Je voyais bien dans ses yeux étonnés au moment des orgasmes qu’elle n’avait pas joui comme ça depuis longtemps, et surtout qu’elle ne s’attendait pas à jouir comme ça avec moi.

Marie-Cécile était généreuse au lit. Elle donnait volontiers de sa personne, un peu parce qu’il est toujours plus facile de donner que de recevoir pour une femme qui essaie de cacher un manque de confiance en elle, et beaucoup parce qu’elle venait de gagner en maturité et avait désormais compris que faire l’amour était un sport d’équipe. Elle était décontenancée par le fait que j’aime moi-même tant donner, et que je considère secondaire de recevoir. Ne sachant pas trop comment réagir à un tel cas, elle décida de me donner son plaisir. Elle jouissait divinement, en crispant violemment chaque muscle de son corps et en poussant un long râle incontrôlé entre ses mâchoires serrées, qui durait parfois une minute entière. Après les orgasmes courts et presque silencieux auxquels m’avait habituée Virginie, cette musique me faisait l’effet d’un shot d’endorphine au cerveau.

Marie-Cécile avait en prime le goût du sperme, et eut l’immense intelligence de me le montrer dès ce premier soir. La plupart des femmes pensent que dévoiler l’intégralité de leur appétence sexuelle la première fois est un pari risqué, s’imaginant qu’elles vont immédiatement être cataloguées comme putes par leur partenaire. Cons comme sont les hommes, il est même possible qu’elles aient raison, bien que je sois persuadé que ce jugement est avant tout celui des femmes elles-mêmes. Marie-Cécile était partie sur l’idée d’un plan cul, elle n’en avait donc rien à foutre. Mais une partie de moi reste persuadée que cette fellation se terminant au fond de sa gorge fut encore une forme d’expression de sa générosité.

Nous passâmes une nuit des plus agréables, et la prolongeâmes toute la journée du lendemain, alternant sexe, câlins et siestes. Elle poussa le bon goût jusqu’à descendre chercher les croissants et ramena en plus une barquette de fraises du primeur. Je me souviens nettement de ce matin-là : c’était un 8 mai, et c’était la première fois depuis ma rupture que je me sentais bien, en contemplant ses formes d’athlète se mouvoir dans la cuisine. Je me disais qu’il m’avait fallu moins de deux mois pour retrouver un bijou du niveau de Virginie ; ce n’était pas si mal.

Cette journée ne se termina que parce que je devais attraper mon train pour rentrer. Je l’eus de justesse après qu’elle me retint le plus longtemps possible.

C’est ainsi que commença mon histoire avec Marie-Cécile. Je savais que j’allais la revoir bientôt.


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